Un classement mondial de l’agence américaine Bloomberg épargne le Maroc

Bizarre. C’est le moins qu’on puisse dire du classement des femmes les plus obèses dans le monde. Etabli par l’agence américaine Bloomberg, le document ne fait pas référence aux Marocaines. Un oubli, un manque d’information ou est-ce à dire qu’elles ont réussi là où toutes les autres ont échoué, à savoir trouver un équilibre alimentaire ? Il n’en est rien en fait. La réalité est tout autre et les chiffres officiels sont très parlants à cet égard, indiquant que chez nous aussi, le surpoids voire l’obésité se conjugue aisément au féminin.

Concernant ledit classement, les Egyptiennes se placent en tête du podium avec 78 kilos de moyenne. Elles sont suivies par les Jordaniennes avec 76,5 kilos et les Sud-Africaines en 3e position talonnées par les Américaines. Les Saoudiennes, quant à elles, occupent la 7e place, les Libyennes la 9e, les Tunisiennes la 24e. Les Algériennes arrivent au 29e rang et les Irakiennes au 34e. Les Françaises arrivent en bas du classement de cette liste qui concerne quelque 50 pays.

Cet état de fait vient conforter une réalité qui s’est installée depuis plusieurs années déjà. Bon nombre d’études montrent même que le taux d’obésité des femmes est nettement supérieur à celui des hommes. D’ailleurs comme l’a relayé récemment et à juste titre le site nature.com, dans certains pays de la région arabe, près de la moitié des femmes sont en surpoids. Au Koweït, 47,9% des femmes sont obèses, contre 34,6% des hommes. Au Qatar et en Arabie Saoudite, l’obésité touche autour de 45,3% et 44% des femmes – près du double du taux chez les hommes.

Des données qu’on retrouve au Maroc. Ainsi quelque 10,3 millions de Marocains adultes, dont 63,1% de femmes, sont en situation d’obésité ou de pré-obésité, a relevé l’Enquête nationale sur l’anthropométrie (ENA), réalisée en 2011 précisant que l’indice s’élève à 32% parmi les femmes au foyer. Le phénomène est essentiellement urbain, féminin, et lié à un certain mode de vie moderne. Une explication? Les mutations sociales notamment la hausse calorifique de l’alimentation sont pointées du doigt en plus de la sédentarité. Dans ce cadre, une anthropologue américaine voit dans le succès grandissant des fast-foods au Maroc un véritable danger pour la diète méditerranéenne qui caractérise la cuisine marocaine dont les bienfaits ne sont plus à démontrer. Cette «transition alimentaire» est aussi responsable de l’augmentation du nombre de personnes obèses au Maroc, en particulier les femmes.

Mais ce qui constitue un véritable problème de santé publique, est perçu par d’aucuns comme une qualité voire un atout notamment à la campagne. Dans certains milieux, les femmes rondes sont plus appréciées et leur forme opulente leur assure un succès auprès des hommes. Tous les moyens sont bons pour y arriver. Médicaments, préparations herboristes, à chacune sa recette mais gare aux dérives. Leurs consœurs plus minces sont traitées de chétives et on se pose même parfois des questions quant à leur état de santé.

Au-delà de toutes ces considérations, l’ensemble des acteurs de la santé plaident pour un engagement plus actif des gouvernements. Comme le cancer, l’obésité doit devenir une priorité sanitaire.