INTERVIEW

La communauté internationale a célébré le 25 avril dernier, la journée mondiale de lutte contre le paludisme. En Côte d’Ivoire, le ministère de la Santé et de la lutte contre le SIDA a choisi cette période pour lancer une grande campagne de démoustication… en attendant la célébration officielle à Fresco.

Dans cette interview, le directeur coordonnateur du programme national de lutte contre le paludisme, Dr Tanoh Méa Antoine, fait le point de la situation en Côte d’Ivoire.

La communauté internationale vient de célébrer la journée mondiale de lutte contre le paludisme. Une pandémie bien présente en Côte d’Ivoire. Quel est l’état de la situation aujourd’hui ?

Effectivement, la journée mondiale de lutte contre le paludisme a été célébrée le 25 avril 2014. Au plan national, nous allons la célébrer bientôt à Fresco.

Mais déjà, la date du 25 avril a été marquée par des actions concrètes. Notamment dans la commune de Koumassi où nous avons mené une action de démoustication.

Nous sommes allés voir des gîtes larvaires que nous avons détruits, non sans avoir pris le soin d’expliquer à la population pourquoi cohabiter avec ces gîtes larvaires était dangereux pour elle.

Nous l’avons sensibilisée sur la nécessité de prendre soin de leur environnement. Concernant la situation nationale, il faut dire que le paludisme continue d’être un problème de santé publique, avec 43% des états morbides dans les structures sanitaires publiques.

Et c’est une maladie à transmission constante. Elle sévit toute l’année avec une recrudescence pendant la saison des pluies.

Aujourd’hui, 67% des ménages possèdent des moustiquaires, mais le taux d’utilisation est de 33%. En 2013, 2 313 000 moustiquaires ont été distribuées en campagnes et en routine.

La proportion des personnes dépistées est passée de 10% à 70%. 80% des agents de santé sont formés à la prise en charge correcte du paludisme et 1200 agents de santé communautaire sont formés dans les 24 districts sanitaires pour une prise en charge à domicile du paludisme.

33% de taux d’utilisation de la moustiquaire. Pourquoi un si faible taux ?

Oui, le taux est faible. C’est pourquoi nous ne cessons de sensibiliser les populations, afin qu’elles utilisent les moustiquaires qui leur sont données gratuitement.

Ce faible taux d’utilisation n’est-il pas lié au message ? Il revient que des personnes préfèrent utiliser les moustiquaires comme filet pour clôturer leurs jardins.

En fait, nous avons 55% de la population qui a des connaissances avérées sur le paludisme. Donc si tout ce monde utilisait les moustiquaires, nous ne serons qu’à 55% de taux d’utilisation, ce qui est toujours faible. Certaines personnes disent qu’il fait chaud en dessous des moustiquaires.

C’est pourquoi nous continuons la sensibilisation. La population doit savoir que la moustiquaire lutte efficacement contre le paludisme.

L’efficacité des moustiquaires est souvent mise en doute. Pour certains, après trois mois d’usage, elle ne constitue plus de rempart contre les moustiques.

Les moustiquaires homologuées que nous distribuons sont des moustiquaires imprégnées d’insecticides à longue durée d’action (Milda).

Elles sont reconnues par l’OMS. Les moustiquaires sous nos tropiques ont une durée de vie de trois ans. Nous avons distribué des moustiquaires en 2011, nous allons faire une autre campagne en 2014.

 En dehors de la distribution des moustiquaires, quelles sont les autres stratégies nationale de lutte ?

En dehors de la distribution des moustiquaires, nous disons que chacun doit rendre son environnement propre. Il faut une prise de conscience personnelle.

Nettoyer devant chez soi, se débarrasser des gîtes larvaires en éliminant les flaques d’eau. Car la lutte contre le paludisme n’est pas seulement l’affaire de l’Etat.

En dehors de cela, nous avons aussi la pulvérisation intra-domiciliaire et la lutte anti-larvaire en deux parties : chimique et physique. La partie chimique consiste à utiliser les bio-larvicides et la partie physique consiste à fermer les gîtes larvaires.

Comment se fait la prise en charge du paludisme ?

Il faut d’abord dire que toute fièvre n’est pas palu. Si une personne a la fièvre, elle se rend dans le centre de santé le plus proche, on lui fait un test de diagnostic rapide.

Les tests sont disponibles dans tous les centres de santé de Côte d’Ivoire. Si le test est confirmé, donc c’est un palu. Et c’est en ce moment qu’on vous donne le traitement qui est gratuit.

En quoi consiste ce traitement ?

Le traitement du palu se fait en trois jours. Ce sont des comprimés qu’on donne au malade. Ce sont des combinaisons thérapeutiques. S’il est bien respecté, la personne guérit au bout du troisième jour, mais déjà la fièvre tombe le deuxième jour.

Quelles est la différence entre la fièvre typhoïde et le paludisme ?

La fièvre typhoïde est totalement différente du palu. C’est vrai que les deux maladies commencent par une fièvre. Ce qu’il faut faire quand on a une fièvre, c’est de faire le test de diagnostic rapide.

Lorsque le test montre qu’il ne s’agit pas d’un palu, on pense maintenant à autre chose. Notamment à la fièvre typhoïde qui se complète avec d’autres signes comme le vomissement et bien d’autres signes.

Le programme dispose-t-il de moyens financiers nécessaires pour mener toutes ces activités ?

Dans la lutte contre le palu, l’Etat de Côte d’Ivoire est appuyé par des partenaires. Nous avons l’OMS, l’UNICEF et le Fonds Mondial qui finance pratiquement à 80% la lutte contre le palu.

 Et combien cela coûte-t-il ?

C’est beaucoup d’argent. Nous bénéficions d’un financement sur 5 ans.

Est-ce pour demain la découverte d’un vaccin sur le palu ?

Oui, c’est pour demain. Il y a un vaccin qui est en essai actuellement. Nous pensons que l’année 2015 pourra nous donner quelques bons résultats.