Le « climat » chaud et humide de l’ombilic humain est propice au développement de bactéries indispensables à l’homme.

Même les plus nombrilistes n’avaient rien vu. Pourtant, l’ombilic de chaque être humain héberge une véritable faune. Après avoir étudié les gènes des bactéries qui peuplent les océans ou vivent sous nos meubles, le département de biologie de l’université de Caroline du Nord s’est penché sur celles qui fourmillent dans le nombril.

Jiri Hulcr, biologiste et directeur du projet, reconnaît que « les recherches sur cette partie du corps ont commencé comme une blague ». « Personne ne se porte volontaire pour des échantillons d’aisselle, alors nous nous sommes intéressés à une partie du corps plus isolée et moins sensible », explique-t-il. Trois chercheurs, un professeur et trois étudiants ont donc lancé le programme Belly Button Biodiversity, « la biodiversité du nombril ». 

« Jungle microbienne »

Durant plusieurs mois, ces derniers ont exploré le ventre de 95 bénévoles pour y découvrir 1 400 espèces de bactéries. Ils ont ensuite étudié leur ADN, mais 662 souches bactériennes n’ont pas pu être identifiées. « Ce sont de nouvelles bactéries que la science ne connaissait pas », explique Jiri Hulcr, avant d’ajouter que « ces résultats ne le surprennent pas. On s’attendait à découvrir une vraie jungle microbienne, riche, colorée et à la vie dynamique, puisque personne n’avait jamais étudié cet aspect du corps humain ». Une importante diversité qu’il faut cependant tempérer. Car, selon les chercheurs, « seulement une quarantaine de ces bactéries pourraient représenter 80 % des populations de quasiment tous les nombrils ». 

Plus étonnant que leur présence, c’est le rôle de ces petites bêtes qui surprend. Jiri Hulcr et son équipe ont établi que ces bactéries « produisent des odeurs particulières qui modifient la façon dont les êtres humains se comportent. Elles permettent de nous reconnaître les uns les autres. » Mais attention, « rien ne sert de se laver plus consciencieusement ou plus fréquemment le nombril, car le nombre de bactéries ne dépend pas de l’hygiène », prévient Patricia Eghigian, dermatologue. Les bactéries « jouent un rôle plus important que la simple reconnaissance. Ce sont de véritables protectrices contre les agents pathogènes », détaille le médecin. Rob Dunn, auteur de La vie sauvage de nos corps, considère même que « ces bactéries sont des partenaires plus intimes que nos compagnons, nos enfants, ou que n’importe quel organisme vivant ». 

Par JEAN-DAVID RAYNAL