Monrovia — Plus de 5 900 enfants libériens ont perdu au moins un de leurs parents à cause d’Ebola. Certains vivent chez un parent qui a survécu, d’autres ont été accueillis par des proches, mais nombre d’entre eux se sont retrouvés à la rue ou peinent à s’adapter à leur nouvelle vie dans une famille d’accueil.

Assise devant sont ancienne maison, aujourd’hui abandonnée, en périphérie de Monrovia, la capitale, Sarah, 12 ans, s’est remémoré le jour d’août 2014 où elle est sortie du centre de traitement d’Ebola. Sa joie d’avoir survécu a vite laissé la place au désespoir quand elle a appris que ses deux parents avaient succombé au virus. Fille unique, elle était désormais orpheline.

Après plus de 4 800 morts dues à Ebola, la fin de l’épidémie au Liberia a été déclarée pour la deuxième fois le mois dernier et le pays essaye de passer à autre chose. Sarah, elle, n’a pas encore trouvé sa place. Incapable de retrouver un seul proche, elle a été placée en famille d’accueil par une association locale.

« Ils m’ont amenée [… ] pour vivre avec ces gens, mais je ne suis pas heureuse du tout », a-t-elle dit à IRIN. « Je suis assise ici parce que mes tuteurs, qui sont des étrangers pour moi, m’ont dit que si je rentrais à la maison ils allaient me battre. La moindre chose que je fais dans la maison les met en colère. J’ai très peur et je ne sais pas quoi faire. »

Sarah a refusé de donner l’identité de ses tuteurs, mais elle a ajouté qu’outre les coups, ils l’insultaient et refusaient même parfois de lui donner à manger. Elle a dit qu’elle revenait souvent dans son ancienne maison pour dormir et échapper aux mauvais traitements.

« Je ne vais plus à l’école. Les gens avec lesquels je vis envoient tous leurs enfants à l’école, mais pas moi. Je pleure tous les jours en pensant à mes parents. Je veux vraiment partir, mais je ne sais pas où aller. »

Tony*, un garçon de 14 ans passionné de football, a lui aussi perdu ses deux parents, ainsi que deux soeurs à cause d’Ebola.

Il vit maintenant dans un orphelinat sur Buchanan Highway, dans la campagne libérienne. Il a dit à IRIN que ses « amis » l’appelaient « l’orphelin d’Ebola » et refusaient de manger avec lui.

« Ça me rend triste », a-t-il dit. « Ils me rejettent souvent et ils m’insultent. Parfois, je veux quitter cet endroit, mais où pourrais-je aller ? Je prie toutes les nuits pour que Dieu m’aide à traverser [cette épreuve]. C’est dur de vivre ce genre de vie. »

Aucun système de soutien

Sarah et Tony ont été pris en charge, mais de nombreux orphelins sont livrés à eux-mêmes.

Tete Kollie*, jeune fille de 16 ans originaire de Tubmanburg qui avait déjà perdu son père, emporté il y a longtemps par une maladie inconnue, s’est retrouvée à la rue quand sa mère est morte d’Ebola l’année dernière.

« Maintenant, je mendie dans la rue pour pouvoir manger », a-t-elle dit à IRIN. « Les membres de la famille de ma mère disent que je ne dois plus rester avec eux. Ils disent que ma mère est morte d’Ebola et que je ne devrais donc pas les approcher. Parfois, je m’endors le ventre vide. Sans rien à manger. »

Les familles monoparentales ont elles aussi du mal à s’occuper de leurs enfants qui ont du mal à s’adapter.

« La mère de ma fille de six ans lui manque toujours », a dit Alex Blamo, qui vit dans le township de West Point, à Monrovia, et dont la fiancée est morte d’Ebola. « Elle n’est plus la même depuis que [sa mère] est décédée. Chaque fois que je rentre à la maison, il y a une nouvelle récrimination [… ] Ses amis ne veulent plus jouer avec elle. »

Dede Sirleaf, mère de trois enfants, a dit à IRIN qu’il lui était difficile de subvenir aux besoins de ses enfants depuis la mort de leur père, qui était le principal soutien de famille. « J’ai été [obligée] de mettre mes enfants dans une école moins chère », a-t-elle dit.